La fin de la Girlboss

Sale temps pour les #GIRLBOSS. En 6 ans à peine, nous avons assisté à l’éclosion du mot, à l’essor de ses représentantes et, plus récemment, à leurs chutes vertigineuses du haut de sommets médiatiques ou business très hauts.

Ce terme, en vogue il y a encore quelques années (et presque toujours précédé d’un hashtag qui le fit connaître encore plus), a été popularisé par Sophia Amoruso, la fondatrice de la marque de vêtements Nasty Gal. D’une petite boutique eBay, elle créa un empire de la sape sexy bon marché et devint rapidement multimillionnaire, un parcours qu’elle décida de raconter dans un bouquin autobiographique, Girlboss, qui devint ensuite une série, Girlboss, et un site wannabe communautaire, Girlboss, pour aider les entrepreneures à devenir des winneuses. 

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Le mot désigne donc « une femme confiante en ses capacités qui poursuit ses propres ambitions ». A priori, c’est vous, c’est moi – mais c’est surtout elles, les stars de l’entrepreneuriat aussitôt érigées en porte drapeau de cette « cause » plus capitaliste que féministe. La Girlboss, c’est l’incarnation en rose Millenial d’une ambition débordante assumée. Celle qui rise & grind, qui se lève le matin pour aller broyer ses adversaires et le marché – mais toujours habillée à la dernière mode. Le mot d’ailleurs ne cache rien de ce qu’il désigne (C’est qui le patron ? C’est la nana), évoquant l’oppression et le pouvoir – tout en attirant l’attention sur un féminin infantilisant (« girl » signifie « fille »). On a vu dans la Girlboss la possibilité de faire d’une pierre deux coups : maquiller une soif de pouvoir en une quête pour l’égalité des sexes. Mais aussi faire du leadership un rêve marketing avec un patronat charismatique et cool, jeune et souriant, pour ne pas dire sexy.

Attention, ce sont aussi des femmes, pardon des filles, courageuses : elles sont stimulées par l’échec, voient des opportunités dans les obstacles, ne lâchent pas le morceau et travaillent comme des dingues. On parle ici de Marissa Mayer (ex-Yahoo) qui bosse 130 heures par semaine – enceinte – ou d’Emily Weiss, la créatrice de Glossier, qui essuya 11 refus d’investisseurs avant d’obtenir enfin un « oui ». Mais très vite, on réalise aussi que la réalité n’est pas toujours aussi glorieuse : la carrière de l’OG Girlboss, Sophia Amoruso, fut jalonnée d’accusations de discriminations, de comportement abusifs, de revirements pro incessants au point de mener son entreprise à la faillite – et de recommencer ensuite avec une autre boîte. Bref, ce rêve de publiciste n’était qu’une chimère et les boss peuvent être aussi cruels et exigeants, qu’ils soient hommes ou femmes. La liste des tyrans femmes/anciennes idoles est tristement longue : Steph Korey de la marque de valises Away et son management de despote, Miki Agrawal de la marque de sous-vêtements périodiques Thinx carrément accusée de harcèlement sexuel ou Tyler Haney d’Outdoor Voices pour « abus émotionnels » doublés de mauvais management…

A la lumière du mouvement Black Lives Matter, cette emblème de la réussite moderne s’est révélée non seulement sèche comme un tableau Xcel, mais aussi peu consciente de la lutte quotidienne des minorités – le féminisme à la rigueur, mais la cause des autres, c’est pas son truc – qu’elle rabaisse tout autant que les patrons à l’ancienne. Sauf qu’aujourd’hui, particulièrement aux Etats-Unis, on brancarde les mauvais comportements et on demande des explications, des excuses, des actions sur les réseaux sociaux, l’endroit même qui fit de la Girlboss une star. Ce qui était caché dans de charmants open spaces décorés de couleurs pastels est aujourd’hui exposé au grand jour et, une à une, les stars du Girlbossing sont tombées : Yael Aflalo de Reformation pour racisme, Audrey Gelman, la fondatrice de The Wing (un espace de co-working féminin), traitant mal les femmes de couleur ou Leandra Medine de Man Repeller pour manque d’inclusivité flagrant. L’intersectionalité l’a faite tomber de son trône, la Girlboss est désormais devenue une simple mean girl (une méchante fille). 

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L’idéal s’effondre et nous voilà pantois.es, nos anciennes idoles brûlées sur le bûcher des vanités, à nous demander quel sera le modèle auquel s’identifier dans le monde d’après. La réponse est simple : la leadeuse de demain dirigera avec gentillesse, bienveillance, compassion – et ça fera du bien à tout le monde. D’après une étude McKinsey de 2019, que tous les évènement récents viennent confirmer, le futur sera woke (à savoir, en français, « alerté par les injustices de la société »), soit sincèrement intéressé par le social et l’environnement, capable de transparence et de prises de position (même radicales). Neuf consommateurs Gen Z sur 10 estiment en effet que les entreprises doivent être plus responsables et progressistes socialement, tandis que les Millenials sont plus concentrés sur l’écologie. Parions donc sur celles qui réussissent à faire du business de manière éthique : les excellentes cheffes et activistes Jenny Dorsey et Sophia Roe, Angelica Nwandu de The Shade Room, Grace Beverley de Tala, Sharmadean Reid de l’app Beauty Stack, Nina Rauch pour la Pink Week, Naomi Hirabayashi et Mariah Lidey de l’app Shine, Urenna Okonkwo de l’app Cashmere, Freddie Harrel de Radswan ou Anu Duggal et Sutian Dong, les fondatrices de Female Founders Fund. Le leadership aujourd’hui, c’est s’occuper des autres, les respecter et les élever… Bizz & love.

 

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