Burning man virtuel 2020 : j’y étais!

Témoignage de Cécile Ravaux 

Chaque été depuis 1986, une communauté de gens comme vous et moi, imaginatifs et convaincus que la culture de tous les possibles existe, se réunit dans le Nevada aux Etats-Unis, au coeur du désert de Black Rock, pour participer à l’événement Burning Man. Pendant toute une semaine, 80 000 burners deviennent explor’acteurs pour co-créer ensemble autour d’un même objectif : vivre une célébration de l’art, de l’architecture, du design, de l’expression personnelle et des principes communautaires. Pour la première fois, cet événement qui attire les foules du monde entier, a dû renoncer à son emplacement symbolique en raison de la pandémie de COVID-19. La solution ? – “La question, elle est vite répondue !”  Puisque cette année, du 30 Août au 7 septembre, Burning Man s’invite partout où son esprit rayonne. C’est grâce à la mise en place d’un univers inconnu et intrigant – le monde virtuel, que je vais vivre le Burn ! Son thème : Multiverse ! 

Une bonne nouvelle pour moi qui ai l’habitude de partir, depuis 7 ans, plus d’un mois aux Etats-Unis ! Chaque année sous une puissante canicule, je participe à la construction d’oeuvres en bois qui finiront en feu de joie après sept jours d’exposition. Crevée, je parcours plus de 100 kms sur mon vélo – lui-même plus ou moins crevé également – pour déambuler sur un ancien lac salé, totalement desséché mais magique par sa beauté et par ses installations monumentales éphémères. Je suis recouverte de ‘Dust’ – une fine couche de poussière alcaline qui estompe les couleurs vives pour les rendre ocres et sablées ! L’eau y devient une ressource sacrée, aussi bien pour s’hydrater que pour se laver ! Pourquoi tant d’efforts? Je réalise cela pour vivre une expérience unique de découverte, de partage, de bienveillance, de magie et de lâcher-prise. Cette fois, c’est Burning Man qui vient à moi – sans sa poussière. 🙂 Welcome Home ! 

Ordi allumé, chargé à 100% tout comme ma motivation, nous nous retrouvons vite à court d’énergie… Il est difficile de m’orienter les premiers jours dans ce monde virtuel. Le Multiverse propose huit univers indépendants constitués de plateformes de réalité virtuelle, de mondes parallèles (comme second life), de photos réalisme et d’un tas d’applications à utiliser comme Twitch, AltSpace, Zoom…. – J’en passe mais vive les mots de passe multi-pass ! Loin d’être une geek équipée en matériel et lunettes VR, j’y découvre tout de même de quoi ravir ma curiosité. 

C’est sur la plateforme Sparkleverse que je trouve des expériences originales, décalées et plutôt funky, semblables à celles que j’aime vivre à Burning Man. Tout comme chaque année, je suis invitée à faire la queue pour passer la fameuse ‘Gate’, la porte symbolique de l’entrée de l’événement ! Semblable à la véritable expérience, je suis invitée à me rouler dans la ‘dust’, via un lien m’amenant sur une conversation zoom. J’y retrouve des internautes du monde entier. J’assiste joyeusement à la scène à laquelle je m’attendais : celles de voir d’heureux burners verser de la farine sur le sol de leur cuisine pour ensuite se rouler dedans, afin de revivre ce rituel immanquable de Burning Man. 

 

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Puis, à partir d’une carte satellite interactive, je clique au hasard sur des camps représentés sur la playa virtuelle… L’aventure se poursuit !  Seule chez moi, j’ai échangé avec le seigneur de la Banane et d’autres visiteurs, j’ai participé à la conception d’un film appelé ‘The End’, uniquement constitué… d’un générique de fin. L’expérience participative est assez fun, puisqu’on y choisit le genre en fonction de notre humeur (drame, apocalyptique, comédie…), puis on est invité à inscrire son nom – qui peut être tout et n’importe quoi, et le rôle qu’on souhaite lui attribuer – qui peut être tout et n’importe quoi. J’ai également participé à diverses expériences comme : épurer son coeur grâce à quelques tutos à suivre, des vidéos psychédéliques à regarder et enfin rejoindre une méditation de groupe animée par un shaman sur Zoom. Puis j’ai discuté avec Dieu – Rien de plus normal ! Je clique ensuite sur une application me proposant de réaliser mon propre kaléidoscope ou mon propre tatouage, en chargeant simplement l’image de mon choix. A tout moment, balayant la playa avec ma souris – à défaut d’être sur mon vélo perdue au milieu de nul part, je peux interpeller virtuellement un ‘Ranger’ – un gardien de sécurité pour échanger avec lui ou même aller aux toilettes. Ici, je tombe sur une vidéo me donnant quelques conseils pour faire pipi proprement. – Genre!!  J’ai ensuite participé à de nombreuses Zoom Parties – pour partager un ‘apéro compliment’ ou pour remercier les plantes… J’ai vu en avant-première le film “Art On Fire”, brillamment réalisé lors du Burn 2018. Et j’ai découvert de nombreux nouveaux DJs. Ces expériences loufoques menées grâce aux outils collaboratifs et l’inventivité des burners reflètent parfaitement l’état d’esprit du Burn, sans les énergies humaines. Cela dit, seul, chacun chez soi en fonction de son fuseau horaire, difficile de me sentir connectée aux autres – bien que je sois en Wifi / fibre!

J’ai aussi organisé vendredi matin une conférence sur mon projet de changement de vie et de fabrication d’une tiny-house pilotable par un blob. 

Dans un autre univers, je suis allée visiter le Temple, l’Ethereal Empyrean Experience. Cet espace de recueillement est le symbole final de Burning Man, le lendemain de la grande célébration festive du burn du Man qui se déroule le samedi soir. On y vient à tout moment de la semaine pour déposer une offrande, laisser un message pour les personnes qu’on a perdues dans l’année ou pour déverser ses émotions, positives comme négatives. Le 6 septembre, lors du burn virtuel, toutes les datas intégrées par les explor’acteurs du Temple disparaissent non pas en poussière mais sont supprimées des serveurs et transférées sur un disque dur mécanique détruit en Live Streaming. 

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Image : ©Kirsten Weisenburger – Ethereal Empyrean Experience Temple

Sur AltSpace, je découvre les maquettes 3D des installations et des oeuvres artistiques qui auraient dû être présentes à Black Rock City. C’est ici que mes émotions se sont révélées. Carthasis, l’installation d’un amphithéâtre fractal imaginée par Arthur Mamou-Mani, et les autres structures, projettent mon esprit au coeur de Burning Man. Après des mois de travail, les architectes ont su réinventer l’espace pour nous l’offrir numériquement à l’occasion du Multiverse. Je l’espère profondément unique, et chevaucher à nouveau ma bicyclette poussiéreuse l’année prochaine.

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Image : Catharsis in BRCvr / © Arthur Mamou Mani

Finalement, ce burn improbable est la preuve irréfutable du talent et de la créativité sans limite des burners, que je remercie énormément pour nous avoir permis d’expérimenter ces instants de fantaisie numériques et immersifs. Le Burn virtuel Multiverse offre la possibilité de s’immerger dans l’univers de Burning Man et de découvrir l’état d’esprit cocasse, disruptif du Burn. Néanmoins, il manque les interactions et les bonnes énergies humaines, sans compter les véritables ‘hugs’ – câlins XXL bienveillants et sincères qui, à mon sens, apportent tout le charme et la magie de Burning Man. 

Cécile Ravaux

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